La reine du Mécano, le corona, les confinés et le banquier : tout se grippe, mais il reste des solutions

Tu comptes les quelques sous qui te restent et tu commences à te demander si acheter ce home sweet home, c’était vraiment une bonne idée… (Illustration Sabine Bouillet)

Même pas une semaine que le Président a parlé, et tu es devenu une pro du confinement. Tu partages partout ce doc qui appelle au civisme pour « flatten the curve ». Tu as annulé ton diner de samedi soir. Quarante cinq jours avec ta moitié et tes marmots dans 60 mètres carrés ? Même pas peur. Tu as tout prévu, tu es allée faire un plein ce week-end ou un peu avant si tu es dans la catégorie des prévoyants. Tu as récupéré un vieil ordinateur pour que ton aînée puisse suivre le collège à la maison et tu te félicites de ne pas avoir jeté le vieux Mécano qui encombrait le placard. Ton pseudo Skype est réactivé, et tu attends avec impatience le premier apéro prévu ce soir (hier, faut pas exagérer, tu écoutais de nouveau Emmanuel Macron).

Sauf que ce que tu as du mal à prévoir, c’est l’évolution de ton activité dans les prochaines semaines, et peut-être dans les prochains mois. Si tu es indépendante, entrepreneure, autoentrepreneure, il y a de fortes chances pour que tu sois déjà bien en train de stresser pour ta boîte ou ton activité. Si tu fais partie des salariés qui ont été mis au chômage technique, tu vas tout simplement avoir une baisse de revenus. Si tu vis à deux avec le combo magique « une salariée mise en chômage technique + un entrepreneur qui ne s’est pas payé depuis quatre mois parce qu’il bosse dans l’événementiel », tu dormais déjà mal depuis plusieurs mois, mais depuis la semaine dernière, tu n’as pas fermé l’œil. Même sans rien dépenser à part les produits de première nécessité, tu te demandes tout simplement comment tu vas boucler tes fins de mois. Surtout qu’en plus, tu as acheté ton appart il y a trois ans, en te saignant aux quatre veines, en vidant la quasi-totalité de tes comptes épargne et même, parfois, en empruntant quelques billets à tes parents. Ton home sweet home, tu es bien content de l’avoir sur la tête ces jours-ci, mais il te coûte très cher. Ça fait d’ailleurs plusieurs semaines que tu te demandes si devenir propriétaire, c’était vraiment une bonne idée. Tu es peut-être même en train d’envisager de revendre ton appart, mais là, c’est dommage, parce que pendant le confinement, tu ne vas pouvoir le faire visiter à personne.

Tu te détends et tu vas chercher tes archives administratives : tu as droit aux petites, et même aux grosses galères

STOP. On se détend. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le 11 mars dernier, le gouvernement italien a annoncé un moratoire sur les crédits immobiliers. Pour certaines situations très critiques, il pourra aller jusqu’à 18 mois. Cela ne veut pas dire que la dette des emprunteurs est effacée : les mensualités ne sont que retardées. En revanche, on laisse aux foyers endettés le temps de reprendre un peu d’oxygène, au lieu de leur mettre la tête sous l’eau.
Cela peut-il arriver ici ? Compte tenu de la situation, et des annonces déjà faites par les banques pour les entreprises, cela ne serait franchement pas surréaliste.

Je te vois, tu hyperventiles devant ton écran en te disant : « oui, mais pour le moment, toutes les mesures annoncées concernent les entreprises, je fais comment moi ? » STOP. Tu vas chercher dans tes dossiers administratifs (forcément très bien rangés) ton contrat de crédit, et tu le relis. Et là, tu vas te rendre compte que dans bien des cas, ta banque te donne droit aux petites et grosses galères.

« Dans neuf cas sur dix, les contrats de crédits récents prévoient cette souplesse », explique Maël Bernier, qui est porte-parole du courtier en crédits Meilleurtaux. « Il y a deux façons de fonctionner : soit on suspend ses mensualités, soit on demande à les faire baisser », poursuit-elle.

Si tu fais partie de l’équipe « salariés mis au chômage technique », tu vas peut-être avoir une petite baisse dans tes revenus. Dans ce cas, tu peux demander à revoir tes mensualités à la baisse. Elles peuvent être réduites de 10 à 30%, à condition que ça ne rallonge pas ton prêt de plus de deux ans.

Si tu es plutôt « équipe B, entrepreneure dans la nasse depuis quelques mois », demande la suspension de tes mensualités. « C’est possible pour deux, trois, parfois six mois selon les contrats de prêt, rappelle Maël Bernier. Pendant cette période-là, on ne paye que les intérêts ». Par exemple, si tu as souscrit ton crédit en avril 2017, que tu rembourses 1537 euros par mois pour 300 000 euros empruntés, les intérêts sont de 329 euros. Si tu ajoutes 90 euros d’assurance, ça fait tout de même 419 euros. Pendant quelque temps, ce sera plus facile à supporter qu’une mensualité complète. 

Et ce n’est pas la peine de te dire que ton banquier n’est pas là pour négocier avec toi, puisqu’il est cloîtré chez lui. D’abord, parce que pour le moment, les banques restent ouvertes. Ensuite, parce que le téléphone existe, les mails aussi. Enfin, et surtout, parce que toutes ces mesures sont CONTRACTUELLES. Tu n’as pas besoin de négocier, tu envoies un mail en demandant tout simplement une suspension ou une réduction de tes mensualités, point.

Ça ne va pas résoudre tous tes problèmes, ni relancer ta boîte, ni te redonner un job si tu es sur le point de perdre le tien. Mais ça va te donner un peu de temps pour réfléchir plus sereinement à des solutions. Parce que pour le moment, tu as d’autres priorités. C’est pas tout ça, mais tu as un virus à endiguer. Et un Mécano à construire.

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